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Peintures, colles et air intérieur : ce que révèle l’étiquetage

Avatar de Solène Aubertin

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Une pièce fraîchement repeinte ou tapissée sent souvent fort, et cette odeur n’est pas qu’une gêne passagère : elle signale la présence de composés organiques volatils, émis par certaines peintures, colles et vernis pendant et après leur application. Comprendre ce que révèle l’étiquetage de ces produits, et pourquoi la ventilation reste indispensable même après séchage, change concrètement la façon d’aborder un chantier de décoration intérieure.

Ce que sont les composés organiques volatils

Les composés organiques volatils, souvent désignés par leur sigle COV, sont des substances chimiques qui s’évaporent facilement à température ambiante. On les trouve dans de nombreux produits du quotidien, et en particulier dans une large part des peintures, vernis, colles et produits d’entretien utilisés lors d’une rénovation. Leur émission est généralement la plus forte pendant l’application et le séchage, mais elle peut se poursuivre, à un niveau plus faible, pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois après la fin des travaux, selon les produits utilisés.

Certains COV sont associés à une gêne olfactive et à une irritation des voies respiratoires ou des yeux en cas d’exposition prolongée dans un espace mal ventilé. C’est une raison suffisante, indépendamment de toute autre considération, pour aérer largement pendant et après tout chantier de peinture ou de collage, y compris lorsque l’odeur elle-même a disparu.

Lire une étiquette de peinture

Depuis plusieurs années, les peintures et vernis destinés au marché intérieur portent un étiquetage obligatoire indiquant leur niveau d’émission en composés organiques volatils, sur une échelle allant généralement de la plus faible à la plus forte émission. Cet étiquetage, apposé sur l’emballage, permet de comparer différents produits sur ce seul critère avant l’achat, indépendamment de leur couleur, de leur finition ou de leur marque.

Il est utile de rappeler que cette classification porte spécifiquement sur les émissions dans l’air intérieur une fois le produit appliqué, et non sur d’autres caractéristiques comme la toxicité en cas d’ingestion ou l’impact environnemental de la fabrication : ce sont des dimensions différentes, parfois confondues dans le langage courant, qui ne se recouvrent pas nécessairement.

Le rôle souvent sous-estimé de la ventilation

Même le produit le plus faiblement émissif ne dispense pas d’une ventilation adaptée pendant et après les travaux. La concentration de COV dans l’air d’une pièce fermée dépend autant du produit utilisé que du volume d’air renouvelé : une peinture correcte appliquée dans une pièce totalement close accumule davantage de substances émises qu’une peinture plus émissive appliquée dans une pièce largement aérée pendant plusieurs jours.

  1. Pendant l’application : ouvrir largement les fenêtres, et si possible créer un courant d’air traversant entre plusieurs ouvertures de la pièce.
  2. Dans les jours qui suivent : maintenir une aération quotidienne prolongée, même une fois l’odeur atténuée, le temps que les résidus les plus persistants s’évacuent.
  3. Avant d’occuper durablement la pièce : privilégier, quand c’est possible, un délai de quelques jours avant d’y dormir ou d’y installer un enfant en bas âge, plus sensible aux irritations respiratoires.

Les colles, un point souvent oublié

L’attention portée aux peintures fait parfois oublier que les colles utilisées pour poser un revêtement de sol, une moquette murale ou du papier peint suivent la même logique d’étiquetage et présentent des enjeux d’émission comparables, parfois même plus marqués selon le type de colle et la surface couverte. Une grande surface collée dans une pièce fermée peut ainsi représenter une source d’émission plus importante, en volume, qu’un mur simplement repeint.

Une pièce qui ne sent plus rien n’est pas nécessairement une pièce dont l’air est redevenu neutre : certaines émissions se poursuivent bien après la disparition de l’odeur perceptible.

Un critère parmi d’autres, pas un absolu

L’étiquetage des émissions ne doit pas devenir le seul critère de choix d’une finition, au risque de perdre de vue les autres qualités qui font tenir un décor dans le temps : adéquation avec le support, résistance à l’usage de la pièce, compatibilité avec un mur déjà traité par le passé. C’est un critère supplémentaire à intégrer dans une décision globale, pas un absolu qui dispenserait de tout le reste — la préparation du mur, en particulier, reste déterminante et fait l’objet d’un autre article de notre rubrique ornement et décor.

Pour une information de référence sur la qualité de l’air intérieur et les émissions liées aux matériaux de construction et de décoration, l’ANSES publie une documentation régulièrement actualisée, tout comme l’ADEME sur les bonnes pratiques de ventilation en rénovation.

Choisir une peinture ou une colle en tenant compte de leurs émissions, et ventiler correctement pendant et après leur application, ne relève donc pas d’une précaution excessive : c’est une donnée technique parmi d’autres, aussi concrète que la tenue d’une finition ou la solidité d’un support.

Les pièces les plus sensibles à surveiller

Toutes les pièces d’un logement ne présentent pas le même niveau de vigilance à avoir vis-à-vis des émissions de COV. Une chambre, où l’on passe plusieurs heures consécutives chaque nuit, fenêtres généralement fermées, mérite une attention particulière : le choix d’une peinture faiblement émissive y a un impact plus direct sur l’exposition réelle qu’un couloir de passage, aéré plus fréquemment et occupé beaucoup plus brièvement. Il en va de même pour une chambre d’enfant, où la sensibilité aux irritations respiratoires est généralement plus marquée que chez un adulte.

Les pièces de petit volume avec peu d’ouvertures — un cellier transformé, un dressing fermé, un recoin sous escalier réaménagé — concentrent également davantage les émissions à surface de mur traitée équivalente, simplement parce que le volume d’air disponible pour diluer les substances émises y est plus faible. Ces espaces méritent une aération renforcée et prolongée après tout chantier de peinture ou de pose de revêtement.

Anciens revêtements et rénovation : une vigilance supplémentaire

La rénovation d’un logement ancien pose une question distincte de celle des émissions de peinture neuve : celle des matériaux déjà en place, posés à une époque où la réglementation et les connaissances sur la qualité de l’air intérieur différaient sensiblement de celles d’aujourd’hui. Avant de décaper, poncer ou retirer un revêtement ancien — peinture, colle de moquette, dalle de sol — dans un bâtiment construit avant les dernières décennies, la prudence recommande de se renseigner sur les diagnostics obligatoires applicables selon l’âge et la nature du bâti, plutôt que d’intervenir directement sans précaution.


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